Valérie Péala
Psychologue à Paris 15
psychologue à paris 15

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Ou Comment se consumer de l'intérieur.

« Se consumer » telle a été la définition donnée par Le psychanalyste allemand Herbert Freudenberger en 1971. Il faudra attendre 2008 pour que le « burn out » soit officiellement reconnu par l'état français alors que dès 1993 l'état de stress devient l'un des plus grands problèmes de santé.

Aujourd'hui la seule échelle de mesure du « burn out » est le MBI HSS, (Burn out Inventory pour Human Service Survey) créée par Christina Maslach et qui se présente comme un outil d’une vingtaine de questions évaluant la sévérité des troubles. Mais aucune classification n'existe encore à ce jour au sein de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) alors que cet état, dans nos sociétés actuelles, prend de l’ampleur et ne se limite plus au champ professionnel.

Plus personne n'est à l'abri d'un épuisement qui vient lentement éroder ses limites et ses certitudes même dans le domaine de la maternité ( ou parentalité ) où cela va croissant.

Comment Le « burn out » s’installe-t-il ?

Soigner le burnout psychologue paris 15

Il est important de rappeler qu'une mère va successivement connaître mille et une transformations avant, pendant et après la naissance de son enfant. Il est usuel d’entendre dire qu'une grossesse n'est pas une maladie puisque c’est un processus naturel chez la femme mais c'est une étape qui mérite d’écouter plus attentivement son corps et son rythme, au risque d’être dans l’obligation de ralentir.

Le « burn out » pourrait être apparenté à un processus d'érosion intérieur, lent, souterrain mais certain. Une fatigue s'installe et prend une forme plus intense et lourde au fur et à mesure des semaines et des mois qui s'écoulent.

Les nuits et les siestes ne permettent plus de récupérer suffisamment de repos et d’énergie pour continuer à donner tout autant dans le quotidien. C’est l’épuisement qui fait ici son nid alors que la mère (ou le substitut maternel pouvant être le père également) doit continuer à offrir à sa famille toujours autant d’attentions de tous ordres. Elle se sent débordée et commence à se détacher émotionnellement pour continuer à « fonctionner ». Il se développe peu à peu un sentiment d’indifférence envers ses enfants, d’insatisfaction précipitant une baisse de l’estime et d’accomplissement de soi.

Les symptômes

 Les principaux symptômes du « burn out » :

  • Une fatigue intense que rien ne vient améliorer 
  • Des troubles du sommeil avec difficultés d’endormissement ou réveils nocturnes 
  • Diverses douleurs somatiques 
  • Irritabilité croissante 
  • Repli sur soi
  • Effondrement de l’image de soi, honte de soi, culpabilité
  • Prise ou perte de poids conséquente 
  • Installation ou accroissement de dépendances (café, cigarette, alcool…)

Les Origines

Plusieurs couches viennent se superposer pour créer le terrain favorable au « burn out » mais elles ne sont ni obligatoires ni exhaustives :

Famille

Il y a généralement une identification forte à sa propre mère, vécue comme dévouée,   voire sacrificielle et qui, elle-même, prenait en charge tous les aspects du quotidien. Cette référence est profondément inscrite et devient le point d’achoppement de ce qu’une mère DOIT faire et se DOIT d’être.

A l’inverse, la future mère peut avoir eu une pauvre ou pas de relation avec sa propre mère et ainsi précipiter le désir de ne pas reproduire ce qu’elle a vécu et développer une hyper-présence auprès de ses enfants.

Le rôle du père, du pôle yang qu’il représente dans la structure familiale, va bien évidemment influencer la situation par son implication et sa présence plus ou moins marquée auprès de sa femme, mère de ses enfants.

Personnalité

Il est constant de souligner une forte identification à une image de soi parfaite ; un Idéal de soi qui écrase toute velléité à exprimer son mal être. Une exigence envers soi-même qui positionne la mère dans une toute puissance et qui ne permet pas d’être profondément en contact avec son corps et ses limites : « Ecoute ton corps… » lui est-il demandé ; « Mais je n’entends rien.. » répond-elle.

Le corps se fera donc ici entendre de manière tonitruante.

Social

Certaines situations précaires précipitent le risque de « burn out » dans les domaines :

  • Affectif : mère célibataire, endeuillée, veuve, absence ou indifférence du père
  • Amical : peu ou pas d’amis
  • Familial : peu ou pas de tissu familial, plusieurs enfants à gérer
  • Social : salaire insuffisant ou chômage ...
  • Santé : maladies, dépression…

L'évolution

La Descente

Après avoir visité les différentes raisons qui créent le terrain favorable au « burn out », arrive le point de rupture où le miroir se brise.

Cela sera d’autant plus fracassant que la mère aura fait fi de tous les signes avant-coureurs et continuera, malgré tout, à rester « scotchée » à cette image idéale d’elle-même, autant véhiculée au niveau familial que social.

Cela reste un sujet tabou puisqu’il est transmis sans cesse l’image de mères tenant d’un bras leur enfant, de l’autre passant l’aspirateur et répondant au téléphone coincé sous le menton, tout en ayant un sourire béat.

Comment avouer sa honte de ne plus y arriver, de ne plus supporter ni leur quotidien ni leurs enfants et se désintéresser progressivement de cette routine 24h/24h : 

  • alors que le principe maternel « devrait être » d’être si heureuse de cette vie?
  • alors qu’elles devraient vivre l’un des plus grands épanouissements de leur vie ?

Comment parler de leur culpabilité de ne pas être cette « wonderwoman » des temps modernes ? alors qu’elles sont mères au foyer, donc « ne faisant rien de leur vie » à part prendre soin des enfants, faire à manger, nettoyer la maison, faire les courses, aller aux rendez-vous médicaux, aller chercher les enfants le midi, le soir et tant d’autres prises en charge.

Elle se retrouve dans une grande solitude intérieure, ballotée tel un bateau en perdition entre émotions et pensées contradictoires, ne sachant plus discriminer ce qui lui fait du bien de ce qui lui nuit.

 

La routine devient un enfer et use par l’aspect répétitif, sans fin, sans limite et sans reconnaissance dans lequel s’enlisent les mères en état de « burn out ».

L’image de soi s’entache de jugements, d’en-vouloir, de colère et de critiques envers soi-même qui cachent une profonde tristesse et un désarroi certain jusqu’à la rupture psychique et physique, parfois au point de tomber à terre et ne plus réussir à se relever.

 

Cette image parfaite d’elle-même, tenue à bout de bras, se brise pour laisser percevoir ses propres limites, Ô combien niées jusque-là :

Etre humaine est donc être limitée.

Et c’est à partir de ce réel constat que la remontée va être possible : le constat qu’être fait de chair et de sang implique que notre corps nous accompagne tout le long de notre vie et qu’il est illusoire de croire que nous pourrons faire sans lui sans en payer durement les conséquences.

Les conséquences sur l’entourage

Elles peuvent être nombreuses d’autant plus si la mère exprime très peu ce qu’elle vit et ressent et si cette perfection l’a entrainée à ne pas déléguer pleinement certaines tâches à l’entourage.

Il est très important qu’elle reste en alerte et consciente quant à sa capacité à « disqualifier » l’aide apportée par le père ou substitut paternel, qui tout aussi imparfait qu’elle, fait différemment ou à sa manière.

La maitrise et le contrôle empêchent certaines mères d’accueillir purement et simplement les efforts du conjoint et ne pas les reconnaitre parfois au point d’en annuler l’existence : refaire le ménage derrière lui, changer les vêtements choisis…

Ceci plonge le conjoint dans l’impuissance, l’incompréhension et peut créer chez lui une prise de distance dans le couple, un détachement pour se protéger d’une situation tellement inattendue.

Les conséquences concernent également les enfants qui peuvent développer un sentiment d’insécurité, tomber malade, développer des colères intenses ou de l’hyperactivité.

Un enfant qui lance des signes de mal être à ses parents est un appel, un lanceur d’alertes pour qu’ils corrigent le tir, encore faut-il qu’il soit entendu, ce qui peut être difficile pour une mère épuisée.

Un enfant qui développe des symptômes est un enfant qui parle avec l’aide de son corps d’un dysfonctionnement au sein de la famille, c’est donc un autre miroir pour une mère déjà en perte d’estime d’elle-même.

Le risque étant que cela s’accompagne de cris et de violences diverses envers son enfant, terrain favorable aux « bébés secoués ».

La remontée

Faut-il donc se briser d’épuisement pour amorcer le changement ?

Nous ne pouvons absolument pas généraliser mais pour certaines cela sera le passage obligé vers une compréhension profonde d’elle-même en traversant l’expérience de ses propres limites.

 

La remontée ne se fait pas seule et oblige à OSER :

 

  • Etre à l’écoute de ses ressentis physiques, qui est l’un des nœuds du problème. Cela signifie donc qu’il va être nécessaire de s’accorder du temps pour se découvrir au travers du yoga ou autres disciplines pour favoriser l’éveil des sens, les reconnaitre et développer ce qui est agréable ou non à vivre dans son corps.

 

  • Exprimer ses émotions au conjoint, à la famille, aux ami(e)s, ce qui est l’autre pendant du problème. Il sera donc ici nécessaire de reconnaitre ses émotions et pouvoir très clairement les exprimer.

Ici se situe l’une des difficultés majeures des femmes qui attendent encore que le conjoint les « devine » grâce à leur attitude. C’est sans compter que l’homme n’utilise pas le même langage, les mêmes mots et les mêmes mimiques que les femmes. Il se retrouve donc à comprendre à moitié ou pas du tout ce qu’elles expriment.

 

  • Appeler à l’aide le médecin ou un psychologue qui sont des professionnels de la santé, qui accompagnent de plus en plus de mères au bord du gouffre.

 

  • Apprendre à déléguer c’est apprendre à ne pas tout maitriser ni tout contrôler ni tout perfectionner.

 

  • Mettre son ou ses enfants en garderie: une, puis deux après-midis pour retrouver une respiration, rencontrer ses ami(e)s ou juste se reposer. Créer ainsi d’autres espaces de vie où la mère rencontre, échange, partage afin de revenir vers ses enfants avec une nouvelle énergie.

Une mère qui connait le « burn out » rencontre au cœur d’elle-même un puissant message universel :

s’aimer suffisamment est avant tout prendre soin d’elle.

Etre une mère parfaite sur tous les plans et tout le temps est impossible. Par contre, faire de son mieux et devenir « une mère suffisamment bonne » avec ses plaies et ses bosses, avec ses forces et ses vulnérabilités, permet d’être plus près de ce qu’est un Etre Humain. Faire de son mieux, c’est avoir rencontré son imperfection avec plus ou moins de fracas et c’est apprendre à s’aimer avec ses fêlures.

Petite histoire de fêlures qui cachent bien des trésors ;

Le Pot Fêlé, Conte chinois :

 

Une vieille dame chinoise possédait deux grands pots, chacun suspendu au bout d’une perche qu’elle transportait, appuyée derrière son cou. Un des pots était fêlé, alors que l’autre pot était en parfait état et rapportait toujours sa pleine ration d’eau. À la fin de la longue marche du ruisseau vers la maison, le pot fêlé lui n’était plus qu’à moitié rempli d’eau.

Tout ceci se déroula quotidiennement pendant deux années complètes, alors que la vieille dame ne rapportait chez elle qu’un pot et demi d’eau. Bien sûr, le pot intact était très fier de ses accomplissements. Mais le pauvre pot fêlé, lui, avait honte de ses propres imperfections, et se sentait triste, car il ne pouvait faire que la moitié du travail pour lequel il avait été créé.

Après deux années de ce qu’il percevait comme un échec, il s’adressa un jour à la vieille dame, alors qu’ils étaient près du ruisseau. " J’ai honte de moi-même, parce que la fêlure sur mon côté laisse l’eau s’échapper tout le long du chemin lors du retour vers la maison ".

La vieille dame sourit : " As-tu remarqué qu’il y a des fleurs sur ton côté du chemin, et qu’il n’y en a pas de l’autre côté ? J’ai toujours su à propos de ta fêlure, donc j’ai semé des graines de fleurs de ton côté du chemin, et chaque jour, lors du retour à la maison, tu les arrosais. Pendant deux ans, j’ai pu ainsi cueillir de superbes fleurs pour décorer la table. Sans toi, étant simplement tel que tu es, il n’aurait pu y avoir cette beauté pour agrémenter la nature et la maison. "

Et c’est ainsi grâce à l’imperfection de sa mère que l’enfant va apprendre à attendre : de recevoir le biberon, d’être changé, d'être pris dans les bras ou de lui acheter un jeu ; il va ainsi apprendre peu à peu à vivre la frustration, de façon mesurée et adaptée à son âge bien sûr.

Grâce à cela l’enfant va développer son sens du trop/trop peu ; bon/pas bon ; agréable/désagréable et ainsi acquérir des outils indispensables à son bon développement. Il pourra prendre appui sur ses sensations corporelles, les exprimer et traverser ainsi des insatisfactions sans que cela le plonge dans de l’insupportable.

Face à notre monde actuel où la course aux satisfactions immédiates augmente, démultipliant l’intolérance à la frustration, il est bon de rappeler qu’être une mère parfaite nourrit de surcroit ce système.

Etre magnifiquement consciente d’être imparfaite, c’est être pleinement humaine.

« Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière »

Michel Audiard

Valérie Péala

Psychologue, Gestalt-Thérapeute


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Les posts proposés n’auront rien de théorique. Le but, ici recherché, étant de rendre accessible un langage qui, au fil des décennies, est devenu source d’incompréhensions et d’interprétations sauvages.
Il va donc être question, bien humblement, de migrer d’un langage intellectuel parfois inintelligible à un langage du cœur basé sur une expérience de vie tout autant professionnelle que personnelle et ainsi créer une alliance avec le lecteur.
Bonne lecture à vous.
Valérie Péala

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